samedi 20 octobre 2012

Allez la musique ! – The Orwells



Je voudrais recommander au lecteur mélomane — et néanmoins rocker —  le premier album des Orwells, garage band de Chicago, Remember when. Ils ont, comme il se doit, des gueules de (jeunes) petits branleurs ; et ils sonnent comme les Stooges des débuts.



Get the picture !

mercredi 17 octobre 2012

Ivan Chtcheglov dans la Correspondance de Guy Debord



« [...] nous ne pouvons faire aucun mal à autrui, fût-ce dans le plus grand secret,
sans qu'un coup semblable nous frappe. »



On a vu que les lettres adressées à Chtcheglov sont rares dans la Correspondance publiée de Debord (j’en avais noté 4 toutes datée de l’année 1963, il y en a une 5e, plus une autre de 1964). Pourtant on sait que les deux hommes ont correspondu de façon suivie pendant dix-huit mois. Debord fera un montage de quelques brefs extraits tirés des lettres que Chtcheglov lui avait envoyées qu’il publiera sous le titre de Lettres de loin dans le bulletin situationniste.



D’autres lettres de Debord à Gilles Ivain ont été publiées en fac-simile dans Le marquis de Sade à des yeux de fille qui sont particulièrement intéressantes puisqu’elles  concernent la période « idyllique » de leur relation, avant la rupture et l’internement.



Les lettres de 1963-64 sont toutes très bienveillantes pour Ivan ; et montre un Debord sincèrement préoccupé par le sort de son ami, faisant tout son possible pour le « récupérer ». Pourtant dans une lettre à Vaneigem, elle aussi datée de 1963, il apparaît qu’il considère en fait Chtcheglov comme perdu sans espoir de retour — ce qui est en contradiction avec ce qu’il lui écrit.



Dans Ivan Chtcheglov, Profil perdu Apostolidès et Donné écrivent qu’« [i]l n’est pas possible de rapporter in extenso le contenu de cette riche correspondance ». En tout cas, si celle-ci est accessible, il est bien dommage qu’elle ne soit pas publiée, ne serait-ce qu’à titre de document — et en d’hommage au « plus beau » de ces enfants perdus.

dimanche 14 octobre 2012

Lectures – Alamut



Traduttore, traditore. Une nouvelle traduction du livre de Vladimir Bartol* vient de paraître. Pour ceux qui ne sorte pas, et qui ne savent donc pas qui est ce Bartol et ce qu’est son livre, voilà quelques éclaircissements : Alamut raconte l’histoire du « Vieux de la Montagne » autrement dit, Hassan Ibn Sabbâh, le leader des « Assassins » : « Rien n’est vrai ; tout est permis. ». Mais, en fait, ce livre a assez peu à voir avec le Hassan Ibn Sabbâh historique** ; comme le précise l’introduction à la première traduction : « […] sous prétexte de nous transporter dans l’Iran du XIe siècle à l’époque où triomphe la secte des Assassins, c’est du totalitarisme éternel que Bartol nous entretient ici entre les lignes. »


Une nouvelle traduction, donc. La mode est aux nouvelles traductions. Le problème étant que ces nouvelles traductions ne sont souvent pas meilleures que celles qui les ont précédés. Alors, pourquoi de nouvelles traductions ? Dans le cas d’Alamut, c’est de toute évidence pur opportunisme. Le terrorisme franchisé Ben Laden est passé par là. Il suffit de lire la quatrième de couverture qui ne manque pas d’actualiser, (abusivement) la légende des Assassins et d’Hassan Ibn Sabbâh : « Un millénaire plus tard, la manipulation des masses, telle qu’il la pratiqua, continue d’ébranler les empires modernes. »


Comparons les deux traductions (du slovène) d’Alamut. Dans la première, celle de Claude Vincenot dont le texte français a été revu par Jean-Pierre Sicre (à qui l’on doit l’introduction), la fin du roman est ainsi traduite :


« Lorsqu’ils eurent regagné le château, Hassan prit congé de ses deux compagnons : / – La terre vient à peine d’accomplir autour du soleil la moitié d’une révolution… dans la succession des milliers et des milliers de révolutions toutes semblables qui passent pour être son lot. Et pourtant nous pouvons dire que bien des choses ont changé sous le soleil. L’empire d’Iran n’est plus. Cependant notre institution est sortie de la nuit. Quelle est son histoire à venir ? C’est en vain que nous appelons une réponse. Les étoiles se taisent au-dessus de nous. / Il embrassa une dernière fois ses deux amis. Puis il s’engouffra sur la plate-forme. Ils le suivirent des yeux avec une étrange tristesse. / Il s’enferma dans ses appartements et mourut au monde. / La légende le pris sous son aile. »


Voici la seconde qui est d’Andrée Lück Gaye, toute seule :


« Quand ils furent revenus au château, Hassan prit congé des grands dais par ces mots : / – La terre a tout juste fait une demi-révolution autour du soleil, la moitié d’une d’entre les centaines de mille qu’elle a accomplies jusqu’à présent. Et cependant nous pouvons dire que bien des choses ont changé à sa surface. L’empire d’Iran n’est plus. Notre organisation est née cette nuit. Quel sera son chemin ultérieur ? Nous espérons en vain une réponse, les étoiles au-dessus de nous se taisent. / Il étreignit une dernière fois ses deux amis. Ensuite il entra dans le monte-charge. Ils le regardèrent partir avec une étrange tristesse. Il s’enferma dans sa chambre et cessa de s’intéresser au monde. / La légende le prit dans ses bras. »


Sans faire référence à l’original slovène, et indépendamment du style, on pourra noter deux exemples de traductions incompatibles pour un même texte. Ainsi, on a dans un cas : « Cependant notre institution est sortie de la nuit. » ; et de l’autre : « Notre organisation est née cette nuit. » Plus loin : « Puis il s’engouffra sur la plate-forme. » ; et : « Ensuite il entra dans le monte-charge. » En ce qui concerne le style, on préférera certainement : « La légende le pris sous son aile. » ; à : « La légende le prit dans ses bras. »


Si traduire c’est dire « presque la même chose », il convient avant tout de respecter la « chose » à traduire ; ce qui semble être de moins en moins le cas.


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* Vladimir Bartol, Alamut, Libretto (2012, nouvelle traduction ; 1988 première traduction).

** « Son rôle fut d’étendre le réseau des commanderies ismaéliennes à travers tout l’Iran et d’organiser la lutte sans merci contre la dynastie turque et sunnite des Seljûkides. Ce qui caractérise cet ismaélisme iranien, dit Corbin, “c’est qu’il n’hésite pas à faire pencher la balance en faveur de la haqîqat ou vérité gnostique contre la sharî’at ou loi religieuse positive, et partant à admettre la préséance de l’Imâm sur le prophète. Tel fut le sens de la proclamation de la ‘Grande Résurrection’ (Qiyâmat al-Qiyâmât) à Alamut, le 8 août 1164”. […] Ce qu’impliquait en effet cette Proclamation ce n’était rien de moins que l’avènement d’un Islam spirituel, libéré de tout esprit de servitude de la Loi, une religion personnelle de la Résurrection, parce qu’elle faisait découvrir ainsi le sens réel des Révélations prophétiques. »


Daryush Shayegan, Henry Corbin, Penseur de l’Islam spirituel, Albin Michel.