Venise a vaincu Guy Debord. Longtemps après
Ralph Rumney, par un juste retour des choses, c’est Guy Debord qui devait disparaître dans les eaux de la
lagune de Venise. On sait que le tournage d’In
girum s’est mal passé. Pour des raisons qui lui appartiennent Debord s’est
fâché, avec son chef-opérateur et a décidé d’abréger son séjour vénitien. Ce
n’était pas la « fête » à Venise. In
girum est un film profondément mélancolique — ceci expliquant peut-être cela.
Il y a quelque chose de funèbre dans le déroulement de ces séquences filmées
depuis un bateau qui nous entraîne dans sa dérive. Mais le labyrinthe vénitien qui
a eu raison du jeune Rumney n’est plus ici qu’un décor devant lequel glisse le
« vaisseau des morts », affrété
par le vieux Debord, sans s’y arrêter ; jusqu’à cette « grande étendue d’eau vide », où il
débouche pour finir. Avant cela il nous aura fait passer devant un certains
nombre d’endroits remarquables :
La Guidecca, San Giorgio, l’Arsenal de Venise, la pointe de la Dogana.
Il faut s’attarder sur cette pointe de la
Dogana parce qu’on y trouve l’église de la Salute dont le dôme apparaît à de
nombreuses reprises tout au long du film. Cette église a été bâtie sur le
modèle du Temple d’Amour qui est reproduit dans Le Songe de Poliphile de Francesco Colonna. On sait que Venise est
la ville de Vénus ; et Debord vient y faire le deuil de la jeunesse, de l’amour
— « Notre jeunesse est morte ;
et nos amours aussi. » — et de la révolution — de l’amour de la
révolution.
(À suivre)
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