mardi 23 août 2011

Histoire désinvolte - Index des protagonistes

B.-H., Alice :                         Alice Becker-Ho (Alice Debord), seconde épouse de Debord, vétilleuse et roublarde exécutrice testamentaire de Guy, dite : la « veuve noire » — complètement retournée.

B., Michèle :                         Michèle Bernstein (Michèle Debord), première épouse et parèdre de Guy dans l’I.L. puis l’I.S. ; elle épousera par la suite Ralph Rumney (sans doute pour des raisons pratiques : son installation en Angleterre).

B., Dédé :                              André Bertrand, prositu strasbourgeois, réalisateur de la BD publicitaire : Le retour de la colonne Durutti (sic), « compagnon de route » des situs.

B., Jean-François :             Jean-François Bizot (1944-2007), Actuel.

Buchet-Chastel :                 éditeur « avare ».

C., Ivan :                                Ivan Chtcheglov (1933-1998), alias Gilles Ivain, membre de l’I.L., Prince vaillant, ancien pair et « frère » malheureux de Guy, « membre de loin » de l’I.S.

C.M.D.O. :                             Comité pour le Maintien Des Occupations, officine prositue subversive et velléitaire — il ne suffit pas de vouloir pour (tout) pouvoir.

C., Firmin (Le) :                    Firmin Le Corbusier (1887-1965) alias Le Corbusard, artiste-architecte, trop « policier » pour être honnête aux yeux des lettristes internationaux et des situs — mais, il ne faut pas oublier le jugement favorable porté par Jorn ; et noter celui-là : « Comprendre ensemble Breton et Le Corbusier, cela voudrait dire tendre l’esprit de la France d’aujourd’hui comme un arc qui permet à la connaissance de frapper l’instant en plein cœur. » (Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle : le livre des passages, Les Éditions du Cerf, Paris 2009)

C.-le-Batave :                       Constant Nieuwenhuis — le bien nommé — (1920-2005), ancien CoBrA, situ-peintre et architecte, génial concepteur de New Babylon.

Anecdote : « Jorn étant parti avec la femme de Constant, de façon totalement inconséquente au niveau théorique, mais avec des retombées pratico-pragmatiques et économico-financières (c’est Jorn qui payait pour l’impression de la revue de l’I.S.) Debord choisit Jorn contre Constant. » (Yves Tenret, Portrait de l’artiste en révolté, Matière d’images, La Différence, 2009.)

D., Guy :                                Guy (Ernest) Debord (1931-1994), chef de deux bandes : l’I.L., dans un premier temps ; l’I.S. ensuite ; « pape du situationnisme » ; récemment promu « Trésor national ».

Dédé-les-amourettes :        alias André Breton (1896-1966), « pape du surréalisme », ancien « père » de Guy.

D., François :                        François Dufrêne, lettriste maltraité, ancien « frère » de Guy.

l’Enchanteur, de Merlin l’ :            Alexander Trocchi, situ-junky, beautiful loser, admiré par Debord ; et qui a fait (relativement : 1925-1984) long feu.

Enragés (Les) :                    agitateurs prositus.

Fernand :                              patron du bistrot : La Victoire, Q.G. « historique » des situs strasbourgeois.

Garnaultins (Les) :              Jean Garnault, Théo Frey, (Edith Frey), Herbert Holl, blitz-situs, putschistes malheureux.

G., Gérard :                           Gérard Guégan, initiateur et fondateur du Champ Libre, anti-debordien aigri.

Grappin-la-matraque :        recteur à poigne.

H., G.W.F. :                           Georg Wilhelm Friedrich Hegel, philosophe et phénoménologue de l’Esprit, accusé par ses adversaires
d’être l’Antéchrist.

Hei(l !)d., Martin :                 Martin Heidegger (1889-1976), berger de l’être pronazi.

I., Isidore :                             Isidore Isou, Messie désagrégé, ancien « père » de Guy.

J., Asger :                              Asger Jorn (1914-1973), ancien CoBrA, peintre imaginiste, « artiste libre », membre fondateur et mécène de l’I.S., pair, « père » et « frère » de Guy.

J., Daniel :                            Daniel Joubert (1941-1996), prositu strasbourgeois, « saboteur né ».

K., Mustapha :                      Mustapha Khayati, situ-coordinateur du « coup de Strasbourg » et rédacteur putatif de : De la misère en milieu étudiant etc.

L., Gérard :                            Gerard Lebovici (1932-1984) alias Lebo, impresario, cofondateur et propriétaire du Champ Libre, dernier « frère » et mécène de Guy.

L., Henri :                              Henri Lefèbvre (1901-1991), philosophe marxiste prositu.

M., Yves (Le) :                      Yves Le Manach, ouvrier ajusteur prositu.

M., Karl :                                Karl Marx, agitateur et théoricien révolutionnaire.

M., Jean-Michel :                 Jean-Michel Mension (1934-2006) alias Alexis Violet, membre historique de l’I.L., ivrogne, passé au trotskisme.

N., Marc-Édouard :              Marc-Édouard Nabe alias le Nabot, graphomane, crypto-voyériste.

Noyé, Jean-Pierre :             alias Jean-Pierre Voyer, protagoniste de : Comment j’ai tué la troisième Internationale situationniste.

N., Jörgen :                           Jörgen Nash, (vrai) frère de Jorn, situ-putschiste, humoriste, fondateur d’une seconde I.S.

Nichts Karl (von) :               éditeur Anonyme de Voyer, néant.

R., Ralph :                            Ralph Rumney (1934-2002), psychogéographe de Londres, membre fondateur de l’I.S., « dériveur » vénitien malheureux, ivrogne impénitent.

R., Jean-Jacques :              Jean-Jacques Raspaud, second membre de l’I.P.C., passé de « l’autre côté » — il n’en est toujours pas revenu.

R., René :                             René Riesel, enragé, situ-cuvée-68 « indélicat », bio-agriculteur, passé à l’Encyclopédie des nuisances.

S., Gianfranco :                   Gianfranco Sanguinetti, situ-viticulteur dans le Chianti, ivrogne notoire, ancien pair et « frère » de Guy.

                                               Anecdote : « Je me souviens de lui, à Paris, dans sa chambre d’hôtel, la porte grande ouverte, complètement bourré, des liasses  de billets de 500 francs qui lui tombaient des poches. » (J.-P. V., source de seconde main — si l’on peut dire.)

S., André :                            André Schneider, prositu strasbourgeois.

T., Yves :                               Yves Tenret, assassin de la troisième I.S., ex-ami de Jean-Pierre, auteur de : Comment j’ai tué la troisième Internationale situationniste.

V., Raoul :                             Raoul Vaneigem alias « le vampire du Borinage » alias Ratgeb alias Jules-François Dupuis etc., situ historique démissionnaire, ancien pair et « frère » de Guy, toujours en activité — salute ! Raoul.

Véronique :                          compagne de Jean-Luc Noyé.

V., René :                              René Viénet, situ-affairiste sinophile ; revenu à Paris en avion — il n’a pas réussi à rentrer à pied par la Chine — il  fonde les Éditions René Viénet où il a publié : Marie Olympe de Gouges, d’Olivier Blanc ; interrogé sur les situationnistes, il a déclaré sans rire : « C’était un groupe d’humoristes. »

V., Jean-Pierre :                   Jean-Pierre Voyer, « compagnon de route » des situs, anti-Debord malheureux et « furieux » ; Maître du bas château.

W., Gil J :                               Gil J Wolman (1929-1995), membre fondateur de l’I.L. et de l’I.S. — « L’un n’exclu pas l’autre. » — ancien pair et « frère » de Guy.


Nota bene

Nous ne mettons aucune connotation péjorative au terme : prositus. Etaient situationnistes, les membres de l’I.S. ; prositus désigne généralement tous ceux qui étaient en accord avec les thèses de l’I.S. — il y avait évidemment de tout chez les prositus : du meilleur comme du pire — comme c’était le cas aussi dans l’I.S.

Histoire désinvolte - Épisode 15


6. … La FIN de TOUT


Cette Histoire désinvolte — avec tout ce qu’elle comporte de licence par rapport à un sujet qui avait toujours été traité, jusqu’à présent, avec la plus grande révérence — je suis sans doute le premier62 à l’outrager ainsi — va trouver ici sa conclusion, doublement ironique. D’abord pour Guy D. le « maudit » ; mais il n’est plus là pour la goûter ; ensuite pour son « frère » ennemi. Même si, d’une certaine manière, on peut dire qu’il se trouve vengé, il n’en reste pas moins, qu’au bout du compte — et dans le fond — on pourrait dire plus justement : le fondement —, c’est bien lui — Jean-Pierre V. grand pourfendeur d’« enculés » (intellectuels) — qui l’aura eu dans le cul — doublement (heureusement, il lui reste le baume du Pérou).

Il a perdu sur tous les fronts. En tant que théoricien63 , il n’aura été qu’un anti-D. malheureux ; parce qu’il n’a pas réussi : la théorie du spectacle qu’il a voulu achever (par tous les moyens) reste la référence de la subversion qui (re)vient — et « l’inexistence de l’économie », dont il est l’inventeur et le promoteur aura fait long feu dans les chaumières radicales. Il n’aura pas réussi non plus (malgré tous ses efforts) à ébranler la « statue du Commandeur » que D. s’est employé tout au long de sa vie d’« ivrogne ostentatoire » à façonner de ses petites mains tremblottantes, avec lesquelles il était évidemment bien « incapable de planter un clou » — pour la léguer à la postérité — dont l’admiration ne se dément pas : ce n’est partout qu’éloge et louanges pour le « docteur en rien ». Jean-Pierre V. ne sera donc, finalement, arrivé à rien ; mais tout seul — envers et contre tous. Cela restera son seul titre de gloire : il n’aura pas de postérité.

Sa véritable vengeance, il la devra paradoxalement aux thuriféraires du « Grand subversif » — tant il est vrai qu’on est jamais mieux trahi que par ses « amis ». C’est ainsi que Guy D. qui, de son vivant, avait cultivé « l’obscurité », n’aura pu échapper à la panthéonisation une fois mort : le voilà classé « Trésor national »64 ! Il aura donc fait disperser ses cendres en vain : « Vanité, vanité, tout est vanité. » — pour l’orgueilleux65 aussi bien.


7. Épilogue et exorde aux « enfants perdus »


L’aventure n’est pas morte. C’est un jeu que jouent les enfants « terribles » — qui cherchent la communauté perdue. — Il faut (re)trouver le chemin. — Le Café perdu de la jeunesse. — (Re)construire l’hacienda. — Un jour viendra. — lorsque le souffle de « l’insurrection qui vient » aura tout balayé sur son passage — où nous boirons enfin « à l’indépendance du monde. » :

« […] ah, un vin non distillé qui subtilement / vous intoxique sans nulle douleur / en tissant la vision d’une incomparable auberge / où nous pourrons boire à jamais sans rien devoir / avec la porte ouverte et un grand vent. »

« […] ah, an undistilled wine, / That subtley intoxicates without pain, / Weaving the vision of unassimilable inn / Where we may drink forever, / With the door open, and the wind blowing. »


« L’enfance ? Mais c’est ici ! Nous n’en sommes jamais sortis. »


À reprendre depuis le début / débit de boisson le plus proche.)


Notes

Note 62.
Pas tout à fait. Je dois à la vérité de mentionner ici un prédécesseur : Toulouse-la Rose, dont je n’avais pas lu La Véritable biographie maspérisatrice de Guy-Ernest Debord. C’est à présent chose faite, dans sa nouvelle édition augmentée : Debord contre Debord, Nautilus, 2010.

Note 63.
Tous les anathèmes lancés sans désemparer — post-mortem, le « pilonnage » continue — par Voyer contre son « frère » ennemi n’auront servi à rien : IL MONDO BRUCIA, GUY DEBORD VIVE, proclame un tag de la via Montesanto, à Naples (photo d’Anselme Jappe, prise en 1995 et reproduite sur le bandeau de son livre : Guy Debord, Denoël, 2010).

Note 64.
« […] l’Etat français qui s’est porté acquéreur de l’ensemble des “Archives Guy Debord” — le bruit qu’on en a fait est pour nous plaire : car la gloire est un scandale  — les a de surcroît, classées au rang exceptionnel de Trésor national. », comme le proclame fièrement sa veuve et exécutrice testamentaire, Alice Debord. (Présentation du volume “0” de la Correspondance).

Note 65
Dans Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps, où « [l]e fond sonore du générique est extrait de l’enregistrement de la troisième conférence de l’Internationale situationniste à Munich », on entend Debord dire : « Nous, nous avons beaucoup l’orgueil, mais pas celui d’être Rembrandt dans les musées. » — on goûtera rétrospectivement la cruelle ironie de cette affirmation.

lundi 22 août 2011

Lecture 6 - Sommes-nous la réponse ?

Ne vois-tu pas cela ? Ne vois-tu pas que nous sommes livrés. Livrés au lointain, à l’inexprimable, à l’incertain, à l’obscur ? Tu ne sens pas que nous sommes livrés au rire, au deuil et aux larmes, aux hurlements. [...] Nous rions et notre mort est programmée depuis le début. / Nous rions. Et notre décomposition est inéluctable. / Nous rions et notre ruine est en vue. / Ce soir. Après-demain. / Dans neuf mille ans. Toujours. / Nous rions, mais notre vie est jetée entre les mains du hasard, livrée, inévitablement. [...] Nous rions. Livrés aux fauves en nous et autour de nous. Nous rions. [...] Nous portons toutes les morts en nous. Dans la moëlle épinière. Dans le poumon. Dans le cœur. Dans le foie. Dans le sang. Partout nous portons notre mort avec nous et nous l’oublions, et nous avec elle, dans le frisson d’une caresse. [...] Et le hasard, le dieu imprévisible et folâtre au-dessus de nous, le hasard , l’atroce et gigantesque hasard marche en équilibre, ivre mort, sur les toits du monde. Et sous les toits il y a nous, les insouciants, avec notre foi inconcevable. [...] Et il y a l’amour, l’amour couleur de sang dans les nuits. Et il fait mal parfois. Et il ment toujours, l’amour : mais nous aimons avec tout ce que nous avons. [...] Et nous les sceptiques, nous les dupes, les piétinés, les désemparés, les abandonnés, nous les désillusionnés de Dieu et du bien et de l’amour, nous avec notre connaissance amère : nous attendons chaque nuit le soleil. Nous attendons après chaque mensonge, à nouveau la vérité. [...] En la vie nous croyons : au beau milieu de la mort. Voilà ce que nous sommes, nous les sans illusions avec nos folles prétentions impossibles. / Nous vivons sans Dieu, sans demeure dans l’espace, sans promesse, sans certitude — livrés, jetés, perdus. [...] Nous sommes sans réponse. Sans oui. Sans terre natale et sans main tendue, inensibles, assombris. [...] Nous rongeons toujours des os, nous croupissons toujours dans des tanières de bois et de pierre. [...] Une réponse viendra peut-être une fois. Et c’est elle que je devrais rater ? [...] Jamais de la vie ! Tu ne sent pas que n’importe quoi peut venir ? [...] Ou bien sommes-nous vides de sens ? Livré au rire en nous et sur nous ? [...] Sommes-nous sans réponse ? Sommes-nous nous-mêmes cette réponse ?

Wofgang Borchert, Génération sans adieu, Conversation par dessus les toits, Le Livre de Poche.

dimanche 21 août 2011

Petit dictionnaire de citations à l’usage des jeunes générations – Extrait 28


la JEUNESSE en vacance

Ces jeunes gens ne manquent ni de caractère, ni de dons, ni d’application : mais on ne leur a jamais laissé le temps de se donner à eux-mêmes une direction, on les a bien plutôt habitués dès le berceau à recevoir une direction. Lorsqu’ils furent assez mûrs pour « être envoyés dans le désert », on agit différemment — on les utilisa, on les déroba à eux-mêmes, on leur apprit à se laisser user quotidiennement, on leur fit un système de devoirs — et maintenant ils ne peuvent plus s’en passer et ne désirent rien d’autre. Une seule réserve : on ne doit pas refuser à ces pauvres bêtes de somme leurs « vacances » — comme cela s’appelle, cet idéal d’oisiveté d’un siècle surmené : où il est enfin permis de paresser à cœur joie et d’être stupide et infantile.
 
Nietzsche, Aurore.

Une chanson du temps passé 4

On avance, on avance, on avance.
C'est une évidence :
On a pas assez d'essence
Pour faire la route dans l'autre sens.
On avance.
On avance, on avance, on avance.
Tu vois pas tout ce qu'on dépense. On avance.
Faut pas qu'on réfléchisse ni qu'on pense.
Il faut qu'on avance.